Le cinéma au musée ? Les installations vidéo ? Le recyclage généralisé des images ? Les films sur internet ou sur le téléphone portable ? Les grands écrans urbains qui éclairent la nuit des noctambules ? N'en déplaise aux puristes, aux intégristes et aux fondamentalistes de tous poils, qui se replient sur une identité perdue, rêvée, régressive, et vivent encore dans la croyance nostalgique d'une spécificité insurpassable (désormais explosée) : oui, c'est du cinéma, du cinéma expanded, sorti de ses forms et de ses cadres. Du cinéma vivant, hors la salle, hors les murs, hors « le » dispositif. Fini le noir, les sièges, le silence, la durée imposée. Démultiplication folle des formes de présence de l'image lumineuse en mouvement. La pellicule n'est plus le critère, ni la salle, ni l'écran unique, ni la projection, ni même les spectateurs. Oui, c'est du cinéma. Du cinéma aux mille lieux. Du cinéma hors « la Loi ». Sauvage, déréglé, proliférant bien plus que disparaissant.
Il suffit d'ouvrir les yeux : il est partout. A la télévision, depuis longtemps, pour ceux qui veulent encore la regarder. Sur les bonnes vieilles cassettes vidéos, pour les cinéphiles tardifs. Sur les DVD, les ordinateurs, Internet, You Tube, pour tout le monde désormais. Jamais on a vu/montré autant de films. Le cinéma est dans les musées, les galeries d'art, au théâtre, à l'opéra, dans les salles de concert, de plus en plus. Dans les bars, les cafés, les restaurants, les « boîtes ». Il est dans les bureaux, dans les lieux de travail, de passage ou d'attente. Il est dans les maisons, dans toutes les pièces. Il est dans les avions, les camions, les taxis, les trains, les quais de gare. Sur les murs de la ville et sur nos téléphones portables. A ceux qui font mine de se poser la question « est-ce encore du cinéma ? » (et qui pensent que celui-ci ne peut exister que dans sa force « propre »), il faut dire: Oui, c'est du cinéma ! Comme art et comme industrie. Comme création et comme divertissement. Comme image et comme dispositif. Comme histoire et comme technique. Comme oeuvre et comme marché. Comme depuis toujours. Il faut l'admettre et le prendre au sérieux. Oui, c'est du cinéma, simplement il est aujourd'hui incroyablement démultiplié, diffracté, protéiforme, émancipé, libre. Il n'est plus corseté et, loin de perdre son aura, il a décuplé ses puissances.
« Autre cinéma », « Cinéma d'exposition », « Troisième cinéma », « Cinéma numérique, digital, informatique, téléchargeable », « Post-cinéma », peut-être, sans doute. Mais « Cinéma » toujours, malgré tout. Ceux qui pensent, sûrs d'eux-mêmes, que le cinéma est et doit rester Un (ou seul), qu'il ne doit pas « se dissoudre » sous peine de « disparaître », ceux qui refusent de voir l'incroyable varieté vivante de cette forme aujourd'hui, ce sont eux qui sont morts, ou momifiés. Pas « le cinéma ». Car cette prolifération est là, tout autour de nous, nuit et jour. Elle nous habite autant que nous l'habitons. C'est nous-mêmes, c'est notre vie qui est « là-dedans ». Il faut savoir la voir. L'observer, l'analyser. Sans a priori.
Cinema at the museum? Video installations? Generalised recycling of images? Films on the Internet or cellular phones? The big, urban screens which brighten night owls' nights? Not to offend the purists and fundamentalists of all kinds, withdrawn in a lost, dreamed, regressive identity, and still living in the nostalgic belief of an unsurpassable specificity (henceforth exploded): yes, it's cinema, expanded cinema, freed of its forms and frames. [It's] living cinema, outside of the screening room, outside of walls, outside of the dispositif. No more darkness, seats, silence, imposed duration. Frenetic expansions of forms of presence of the illuminated image in motion. The film strip is no longer a criteria, nor is the screening room, the single screen, nor the screening, nor even the spectators. Yes, it's cinema. Cinema in a thousand places. Cinema outisde of "the Law." Wild, loose, proliferating more so than disappearing.
It suffices to open one's eyes: it is everywhere. On television, for a long time now, for those who still like to watch it. On the good old cassette tapes, for the last cinephiles. On DVDs, computers, Internet, You Tube, for the whole world hereafter. Never before has one seen/shown so many films. The cinema is in museums, art galleries, at the theatre, at the opera, in concert halls, more and more. In bars, cafes, restaurants, "clubs." It is in offices, in workplaces, passing or waiting rooms. It is in houses, in all rooms. It is in airplanes, trucks, taxis, trains, train station quays. On the city walls and our cellular phones. To those who feign to ask themselves the question, "Is it still cinema?" (and who think that it can only exist in its "own" force), one must say: Yes, it's cinema! As an art and as an industry. As creation and as amusement. As an image and as a dispositif. As history and as a science. As oeuvre and as a market. As it always has been. One must admit this, and take this seriously. Yes, it is cinema-only today it is incredibly augmented, diffracted, protean, emancipated, free. It is no longer constricted, and far from losing its aura, it has bolstered its force.